Historien Administrateur

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Posté le: Mer Mai 10, 2006 6:34 pm Sujet du message: Memories, Pourquoi la Lune pleure ? |
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Estarox (E-.DC.-11097)
Samedi. Comme chacun d'eux. Un autre samedi, dans la continuité de notre précieux temps.
Il fait chaud. Très chaud, trop chaud. Les fronts ramolissent, la guerre s'use. Les hommes changent, les coeurs s'ouvrent, un temps de paix se prépare.
Les pieds en évantail, le lance-grenade à portée de main, le souffle du vent battant les herbes folles, le soleil tape sur les feuilles fatiguées des arbres aux alentours, et l'homme se repose tranquillement en milieu d'après midi. Les cheveux en bataille, il mache les yeux fermés ce qu'on appelait autrefois une fleur.
Même si le sommeil le rattrape, la fatigue et la lourdeur, il sait que ce brin de bonheur n'est qu'illusion. Qui d'autre peut prétendre être en harmonie dans ce paysage paradisiaque ? Lui, qui brandit haut et fort ses galons pour tenter de stimuler les esprits belliqueux ? Ou l'autre, qui s'enlise dans sa propre volonté de conquérir plus qu'un monde ?
Quand le soleil se couchera, combien s'endormiront le sourire aux lèvres ? Combien sont-ils à aimer leur vie et à le proner ?
L'univers est grand, le fond noir, et les étoiles ont disparu pour laisser place au vide de l'infini, quand il s'endort. Une petite planète apparaît, grossit, et s'installe dans la scène. La Terre ? Si insignifiante. Elle continue à grossir. Elle engloutit le vide. Les océans s'étalent, la Terre est belle, les nuages s'estombent, les continents se déssinent, et les résidus de civilisations heureses s'étalent à leur long.
Une ombre passe.
Effet de cinéma, vue à la première personne. L'angle de vue se retourne, retrouvant notre fond obscur. Seulement, la belle boule blanchâtre qui vient d'apparaître semble si triste.
Pourquoi la Lune pleure ?
Elle tourne. La face cachée de la Lune ...
Elle tourne, encore.
Elle tourne, toujours, à une vitesse affolante.
Il va s'écraser. Elle se raproche trop !
Un bruit de vent, simple souffle. Puis le silence. Il ouvre les yeux, il fait déja nuit, seule la Terre semble dormir, accrochée aux étoiles.
Il baisse les yeux. Assis, ses jambes pendant sur le rebord d'une gigantesque falaise. Vestige du passé. Immensité dormante.
Il se crispe. Tente d'attraper quelquechose maladroitement. Sa main droite fouille le vide, la gauche se crispe dans la poussière lunaire. Il attrape quelquechose. Froid. Glacé, même. Ca se sert. Une main ? Il se tourne, il relâche toute la pression, la curiosité ayant vaincu ses peurs. Humain.
Elle se tient de bout, penchée, lui tendant la main, lui tenant la main. Cheveux longs, pâle. Triste. Blanche, longue robe semblable à la robe d'un fantôme. Magnifique illusion. Ses yeux sont noirs, noirs comme le fond de l'espace. Infinis.
Derrière, une bulle d'énergie. La bulle. Leur bataille. La vie, les humains, la Terre, sa copie. Des bruits étouffés, des cris, des cris de ralliements, ils sont tous là, regroupés pour leur vie, combattant dans leur monde parfait recréé.
La curiosité a fait place au mutisme. Les jambes ne balancent plus. La main ne sert plus. Sa bouche doit sûrement être grande ouverte, comme un idiot.
Elle s'accroupit, et pose elle aussi ses pieds dans le vide. Elle lui sert toujours la main. Elle penche la tête, s'immobilise. Il la regarde. Il ne peut que la regarder.
"As-tu oublié ?"
Il ne bouge plus, elle ne bouge plus, et la voix a percé sa pensée. Son esprit. Elle n'a pas parlé. Il réfléchit, il ne comprend pas, mais il attend. Il veut répondre.
"Quand m'as-tu pleuré pour la dernière fois ?"
Il doit lui répondre, il veut lui répondre, il veut lui dire quand. Il veut soulever sa main, lui relever la tête, la voir. Lui répondre.
"Combien de temps as-tu pleuré pour nous ? Combien de fois ? As-tu seulement pleuré ?"
Il n'en peut plus. Le temps s'est arrêté. Les échos se sont tus, l'air s'est immobilisé, le vide est devenu solide. Mais sa tête explose, il n'arrive plus à penser, il ne peut plus, il ne veut plus, il veut que tout s'arrête. Trop de pensées. Il veut lui dire d'arrêter. Tout lui dire.
Elle relève la tête, et le regarde, dans les yeux. Elle pleure. Encore. Elle a toujours pleuré. Il voudrait pleurer, il aurait voulu pouvoir pleurer. Il voulait pleurer.
Elle tend sa main droite, lui frôle la joue, le long de sa joue. Larme glacée. Oui, pleurer. Pose sa main sur sa bouche. Lui ferme les yeux.
Il tombe.
Il bouge inutilement.
Il bat des bras, magnifique oiseau qui ne saurait voler. Il ouvre les yeux, les ferme, noir, vide, rien ne change.
Il crie. Sa tête hurle, le son explose et rebondit dans sa tête, sans jamais sortir.
Il pleure.
Et quand il ouvrira les yeux, le soleil brillera à nouveau, les larmes auront séchées, et la bulle bleue illuminera son réveil.
A toi. |
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